Angoulème 2021 - Sélection Patrimoine

  • Amateurs d'histoire à chute, passez votre chemin. Amoureux d'humour brut et foutraque, cette intégrale est pour vous !Depuis plus de 40 ans, Édika a éclaboussé Fluide Glacial et ses lecteurs de son génie de l'absurde et son humour coloré. Résumer son oeuvre relève de la gageure. L'univers délirant d'Edika  est truffé de personnages tous plus incroyables les uns que les autres et vous fera voyager dans les contrées ahurissantes d'une imagination sans pareil.  

  • allez hop !

    William Gropper

    «Maintenant que le "roman graphique" n'est plus un simple euphémisme commercial pour désigner une très longue bande dessinée, j'ai fini par accepter l'expression - surtout parce qu'elle permet à des trésors atypiques, telle cette histoire en images dessinée par William Gropper en 1930, d'être redécouverts. Gropper, l'un des fondateurs de la revue marxiste New Masses, était probablement le plus admiré des caricaturistes américains engagés de son époque. Pourtant, le discret triangle amoureux de Allez-hop ! n'a pas grand chose à voir avec, mettons, l'incendie de l'usine Triangle Shirtwaist qui tua la tante de Gropper quand il était enfant et contribua à faire de lui un radical. De même que le cheval surréaliste qu'on voit apparaître dans le chapitre consacré au rêve trapéziste de la protagoniste tient davantage de Freud que de Marx.
    Le livre est un roman graphique intelligent, social et réaliste, sur le milieu ouvrier des artistes de variété. À moins d'en rester à son apparente simplicité, et de le lire comme une ballade graphique. Mais l'histoire gagne en profondeur à chaque lecture - et chaque lecture est un délice, car Gropper réussit à cerner ses personnages d'un seul trait précis, dans un espace finement observé. Il la raconte par un coup de pinceau épais, gracieux et athlétique - curieusement, à la fois léger et robuste - qui voltige et se balance d'une page à l'autre, jusqu'à ce que l'artiste, et la femme au coeur de son récit, retombent solidement sur leurs pieds.».

    Art Spiegelman

  • En seulement six livres, Lynd Ward (1905-1985) s'est imposé comme l'un des précurseurs du roman graphique. Ses histoires - de l'artiste qui vend son âme, au couple pris dans les tourments de leur époque, en passant par l'homme maudit de ses péchés et l'ouvrier rebelle à la psychée tourmentée - ont su capturer un monde plein de contradictions dans des images d'une époustouflante modernité. Sur les pas de Frans Masereel et d'Otto Nückel, ces récits en gravures sur bois, ou romans sans paroles, dessinent les contours d'une oeuvre riche et exaltée.
    Livre après livre, cette anthologie donne à voir comment Lynd Ward, innovateur acharné, s'est créé un moyen d'expression rarement égalé en termes de puissance narrative, de construction de personnages, d'imaginaire et de techniques, où le lecteur écrit l'histoire autant qu'il la lit.

  • Les fleurs rouges (1967-1968) et La vis (1968-1972) nous montraient Yoshiharu Tsuge atteindre la pleine puis- sance de son art et fonder le watakushi manga (la bande dessinée du moi). Cette troisième parution (chronologi- quement le premier volume de l'anthologie consacrée à Tsuge) propose de retrouver l'auteur alors qu'il vient d'inté- grer la revue Garo. Il n'en est pas à ses débuts - il a déjà presque dix ans de carrière derrière lui - mais il trouve dans l'opportunité que lui offre le magazine la possibilité de franchir une étape et de devenir un auteur à part entière.
    Plus classiques et plus faciles à lire, les nouvelles réunies dans Le marais sont encore marquées par les histoires qu'il dessinait pour les librairies de prêt. On retrouve dans ces premières oeuvres le vocabulaire du gekiga, appli- qué à des récits d'aventures situés à l'époque Edo. Mais le dessin et la narration témoignent encore de l'influence de Shirato Senpei, l'auteur phare de Garo, et de la figure tutélaire d'Osamu Tezuka.
    Pourtant, le ton se démarque du reste du magazine. Ce qui vaut à Tsuge des réactions négatives des lecteurs, qui ne comprennent pas le caractère novateur du Marais et de Tchiko, nouvelles tournant le dos à l'innocence et pré- figurant L'Homme sans talent (Atrabile), le livre avec le- quel Tsuge concluera sa carrière vingt ans plus tard. Déçu par ce manque d'enthousiasme, Tsuge cesse d'écrire pendant un an et devient l'un des assistants de Shigeru Mizuki, auprès duquel son dessin gagnera en maturité.
    Les lecteurs ne redécouvriront les onze joyaux qui composent ce volume que quelques années plus tard, lorsque le talent de Yoshiharu Tsuge les aura définitive- ment irradiés.

  • Les histoires réunies dans ce volume complètent La promesse, achevant de rendre disponible l'intégralité des récits composés par Shohei Kusunoki.
    Elles ont pour la plupart été publiées dans Garo, la légendaire revue d'avant-garde fondée en 1964 qui a révélé des auteurs aussi incontournables que Yoshiharu Tsuge ou Yoshihiro Tatsumi, accompagnant pendant les décennies 1960 et 1970 une jeunesse réfractaire au conservatisme de la classe dirigeante.
    Shohei Kusunoki a imaginé ces histoires entre 1968 et 1974 dans un Japon qui cherchait à se réinventer par une course à la modernité peu soucieuse du sort des classes populaires. Comme son ami Susumu Katsumata (Neige rouge, Cornélius), il fut marqué par l'apparition de Yoshiharu Tsuge, qu'il fréquenta à cette époque et dont l'influence se retrouve dans plusieurs des récits regroupés ici.
    Délaissant le registre contemporain sans renoncer à parler de son époque, Shohei Kusunoki s'attache à décrire avec justesse la vie du peuple, tout en lui insufflant une dimension épique. Au travers de genres aussi codés que le conte traditionnel ou le récit de samouraï, il décortique l'ambiguïté des rapports humains. Mettant à nu les sentiments qui unissent les êtres, les raisons pour lesquelles ils s'attirent et les malentendus qui les séparent, Shohei Kusunoki parvient, à travers un style limpide, à exprimer ce qui ne l'est pas. Un auteur immense qu'il est urgent de redécouvrir et de célébrer.

  • À première vue, le monde de Mauretania ressemble au nôtre. On y prend le bus ; on y enchaîne les petits boulots ; on s'y remémore le passé avec nostalgie... Mais plus on le regarde de près, plus il paraît étrange. On y croise un détective enquêtant sur des immeubles qui disparaissent du jour au lendemain ; on tombe au coin de la rue sur une arche romaine qui semble avoir été construite la veille ; on y rencontre enfin « Monitor II », personnage énigmatique investi d'une lourde mission : veiller à l'équilibre du monde... Cette anthologie réunit de nombreux récits publiés à l'origine au Royaume-Uni entre 1985 et 1990 dans lesquels les règles du temps et de l'espace, ainsi que de la causalité sont malmenées, tordues, jusqu'à l'absurde. On voit poindre dans Mauretania des ingrédients issus du récit de genre - on y trouve par exemple des éléments de science-fiction, des enquêtes policières... - et un discret humour tout britannique. Mais de la même façon que le monde qu'il bâtit semble comme altéré, Chris Reynolds, que le dessinateur Seth décrit comme « l'auteur le plus sous-estimé des vingt dernières années », prend un malin plaisir à tordre les structures narratives classiques, à déjouer les attentes des lecteurs pour produire quelque chose d'indicible et de mystérieux.

  • Cette anthologie est une invitation à se perdre dans la psyché d'un auteur inclassable.
    Disponible pour la première fois en français, l'univers que Shinobu Kaze déploie dans ces pages est aussi inattendu que furieusement personnel. Science-fiction, kung-fu, horreur, anticipation, action, comédie... D'un genre à l'autre, l'auteur révèle une maitrise narrative et un art de l'hybridation unique, qui mêle sans transition cosmogonie bouddhiste, références New-Age et conscience écologique aiguë. Chainon manquant entre les visions de Philippe Druillet, le gekiga hardboiled aux accents teintés de giallo italien, mais aussi les compositions d'orfèvre d'Alphonse Mucha, l'oeuvre de Shinobu Kaze témoigne d'un talent hors-pair et d'une urgence créative qui n'ont en rien perdu de leur force aujourd'hui.

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